Forum - Lorsque s'entrouvrent les brumes.

Index des forums > Rôle Play > Lorsque s'entrouvrent les brumes.

Noir-feu | 22/03/25 01:38

Il avait été un simple humain, autrefois, en un temps désormais si lointain que les souvenirs de cette ère échue lui semblaient comme nimbés d'une brume qu'aucun regard, si acéré fut-il, ne pouvait plus transpercer.

Cela n'avait plus la moindre importance.

Cet humain avait cessé d'exister quelques deux mille lunes plus tôt, pour devenir le Seigneur des Noirs. Monstre, créature de cauchemar, calamité de ténèbres et de feu ardent, mort venue des cieux, nombreux avaient été les qualificatifs pour le désigner, non sans quelques bonnes raisons d'ailleurs. Mais à dater de ce jour, il s'était persuadé de toutes ses forces, avec une ferveur quasiment religieuse, qu'il parviendrait à rester lui-même, à demeurer humain malgré la puissance du Sang Dragonnique coulant dans ses veines.

Il mesurait mieux, aujourd'hui, à quel point il s'était aveuglé. Le Don l'avait rendu plus puissant qu'il n'en avait jamais rêvé, mais s'il avait connu alors le prix à payer pour ce pouvoir dantesque, l'aurait-il accepté ? Alors que la réponse jaillissait des tréfonds de son être, instinctive, puissante et limpide, le Noir secoua lentement la tête : non. Bien sûr que non. La folie, tel était le prix de ce pouvoir, de ce Sang qu'Orféor le Noir lui avait transmis. Non pas de ce genre de folie qui saute aux yeux de tout un chacun, mais une folie tout de même, traîtresse et subtile, qui avait entraîné le Noir dans un labyrinthe de songes sinistres et inextricables. Un labyrinthe semblant conçu par un architecte dément, qui aurait en outre omis d'y prévoir une sortie. Shadee avait eu raison lorsqu'elle avait affirmé, sur Excaliburdhil, que le Noir s'était perdu et qu'il tournait en rond. Qu'elle l'ait alors affirmé pour des raisons sans rapport avec le problème de fond faisait partie de ces ironies dont l'histoire seule a le secret, mais cela n'en restait pas moins vrai.

Bien évidemment l'orgueil du Noir lui avait interdit de seulement réfléchir à la question sur le moment mais, depuis, il avait eu un bon millier de lunes pour y songer. Ce temps lui avait également permis de comprendre une chose essentielle : il n'avait plus rien d'humain, de vampirique ou autre, le Sang des Noirs ne tolérait pas longtemps une quelconque cohabitation, du moins en ce qui le concernait.

Cela n'a plus la moindre importance.

Par delà les brumes éternelles qui protègent la Terre de Dana, l'une des très rares personnes qui comptent réellement pour le Dragon Noir a rêvé son Nom. Ce n'est pas vraiment un appel, mais l'instinct du Seigneur d'Obsidienne le lui murmure avec une lancinante insistance : Agra Forge-Acier, noble coeur et Ami loyal s'il en est, a besoin de ses Frères et Soeurs, besoin des Filles et Fils de Dana. Combien en reste-t-il, après tout ce temps ? Bien trop peu, selon toute vraisemblance, mais cela ne change rien.

Dans le clair-obscur de l'inquiétante salle du trône de son Krak, le Seigneur des Noirs se lève, lentement, comme s'il lui était presque impossible de renouer avec le mouvement après cette éternité d'immobilité. Sa dextre s'empare sans hâte de la longue et sinistre lame appuyée contre le monolithe d'obsidienne, symbole de son statut, sculpté jadis à son intention par les Nains de Kilomedhil. L'épée chuinte lugubrement en sortant de son fourreau, sombre comme une nuit sans lune, tranchante comme au premier jour. La Vierge Noire, tel est le nom de cette lame forgée au souffle ardent du Dragon. Jamais elle n'a mordu la chair, elle ne connaît pas le goût du sang. Pas encore.

Mais tout change, et si le fracas des batailles n'atteint pas le Krak du Noir, il ne sait que trop bien que jamais les guerres ne cessent par-delà les brumes. Quelques mouvements, d'abord hésitants ils gagnent vite en assurance, tant la lame ténébreuse invite à de mortelles danses par son équilibre parfait. La tueuse en devenir regagne son fourreau, tandis qu'une poignée de Korrigans éberlués se faufile dans la salle pour voir de leurs propres yeux l'improbable réveil de leur protecteur. Un sourire, qui se veut chaleureux mais qui ne parvient qu'à être grimace, dure et déterminée, puis le Noir leur ordonne d'une voix rauque de n'avoir prononcé le moindre mot en mille lunes :

-Réveillez la Légion d'Ivoire, l'heure est venue d'arpenter à nouveau les terres de Daifen. Cela commencera sur Fladhil.

Edité par Noir-feu le 22/03/25 à 01:41

Celimbrimbor | 27/03/25 14:25

Les légendes marchent à nouveau.

[HRP]: hâte de lire la suite.

Kalguz | 03/04/25 17:29

Ukr Urk, Noir-Feu se pose trop de questions! Un bon tonnelet de rhum et au moins il aura une bonne raison d'avoir mal au crâne!

Bonne chance à la Légion d'Ivoire.

Kalguz.

Index des forums > Rôle Play